Je me souviens du FAE de Pontoise

Belle bâtisse du 19ème siècle. Il parait qu’elle a appartenu à de riches négociants. Personne ne sait vraiment. Il se colporte tant d’histoires  à son sujet. Des histoires à dormir debout, des histoires qui font rêver, des histoires drôles, qui font rire, des histoires tristes à faire couler des larmes. Ce moment qui me revient en mémoire se déroule donc  au FAE de Pontoise. La famille de riches négociants pontoisien à laisser place à un foyer qui, plusieurs années après,  accueille des jeunes brisés par  la vie, cassés par les soucis, par les blessures de la vie…. Des jeunes estampillés maintenant :  En rupture avec la société. En rupture en fait avec tant de choses…. Un soir, après le repas, un groupe d’une dizaine de jeunes encadré par deux professionnels : Une  éducatrice titularisée deux ou trois années auparavant et,  un éducateur dont c’est le premier poste après une fraîche titularisation. Presqu’aussi fraiche que cette nuit dont je veux vous parler.  Le groupe de jeunes est constitué depuis un certain temps. Les amitiés et inimitiés ont forcément eu le temps de se faire et se défaire. Nous parlons de jeunes, d’adolescent, d’adultes en devenir. La nuit est fraiche disais-je. Pour autant, dans l’air, il y a quelque chose de palpable. Comme une colère sourde, une rancœur. Entre deux jeunes, des regards se croisent. Le défi du regard, la provocation par le regard. Regards menaçants,  provoquants. Des regards aiguisés comme la lame d’un couteau (NON PAS DE COUTEAU… PAS DE CA ICI)… Et pourtant…. De regards, nous passons aux mots. Ha les mots ! Dans toute cette agitation, cette confrontation qui ne reste que verbale pour le moment, un seul jeune s’agite, vocifère, provoque. Alors que l’autre demeure impassible. Comme s’il attendait le moment propice. Pourquoi ? Pour quoi faire ? Nul ne sait… Nul ne saura…. Ou, plus exactement, nous saurons plus tard que nous avons évité le pire… Sans doute un pire sanglant ! Avec l’aide des autres jeunes, nous avons ramené le calme, la sérénité. Sur le perron du foyer. Trois personnes. L’éducatrice,  le jeune et  moi-même, éducateur fraichement titulaire dans la nuit fraiche de Pontoise. Avec nous donc l’un des protagonistes.  Celui qui restait calme. D’un calme à vous couper le souffle.  Il explique les raisons de cette « embrouille ». Puis, Lentement,  sort de sa poche un couteau,  le tend à la collègue avec ces mots : « Il a de la chance que je t’apprécie ». La vie ne tient qu’à l’estime d’un adolescent pour « son » éducatrice. L’histoire est close. Clap de fin.