Je me souviens… je venais à peine de débarquer…

… comme stagiaire au Centre éducatif Fermé de Savigny-sur-Orge. Cette soirée-là, j’étais en binôme avec une éducatrice titulaire. Je me trouvais dans le bureau des éducateurs avec le jeune Siko qui travaillait sur l’ordinateur non loin du bureau. 

Tout à coup, Siko m’interpelle en me disant de venir voir ce qu’il a fait. Je quitte le bureau et je vais voir Siko.  Il est tout fier, peut-être est-il sûr de son coup…car, il rigole et s’agite en me montrant son œuvre. Il me dit : « Alors, tu sais ce que c’est ça ? »

En me penchant sur le dessin de Siko je reconnus  un pénis géant. Et, Siko qui rigolait pensant me déstabiliser. Avec une large sourire je lui dis : « Mais, Siko, ta fusée est magnifique » ! Il secoue la tête en disant que ce n’est pas une fusée. Comme il insiste pour que je regarde, je prends une mine sérieuse et regarde de plus près son dessin. Et là, je lui dis : « un chapeau,  un énorme chapeau… ». Il secoue négativement la tête, son sourire avait disparu. On est restera là pour ce soir car, après le coup du chapeau, ça lui a passé l’envie de me faire deviner ce que c’était.

Enfin, lorsqu’il m’a appelé une deuxième fois pour voir son œuvre, j’ai constaté qu’il avait effacé le sexe qu’il avait dessiné initialement pour faire mon portrait, ce qui m’a touché profondément. Il faut préciser que de manière générale au  CEF, c’était le genre à chercher la petite bête et à être persuadé qu’il avait toujours raison. Siko était plutôt coriace et insistant. Quand, il avait une idée fixe, il n’en démordait pas même après lui démontré par A+B qu’il  avait tort. 

Manifestement ce soir-là, il pensait me laisser sans voix, embarrassée…Mais dès le premier coup d’œil, j’avais compris où Siko voulait en venir et ce soir-là, je n’étais pas d’attaque à parler de sexualité. Il aura bien le temps d’aborder la question dans le cadre de l’atelier de Je-Tu-Il du jeudi qui traite du sujet.

J’ai gardé ce portrait qui date du mois d’avril 2011. Et, à chaque date d’anniversaire, je repense à cette fameuse soirée, et à l’histoire de ce portrait… Je revois l’aplomb de Siko…Cela me fait sourire, car, comme dit le proverbe : « Tel est pris qui croyait prendre ».